« Le grand troupeau » de Jean Giono

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« Le Grand troupeau » est un roman français écrit par Jean Giono et publié en 1931. Défini par son auteur comme un « réquisitoire contre la guerre », il retranscrit fidèlement les bouleversements opérés par la première guerre mondiale sur les hommes, les animaux et la nature. Le récit se déroule des années 1914 à 1919 et  est se découpe en 3 parties: la première retranscrit le départ des soldats au front, la seconde est centrée sur les combats et la dernière aborde le retour des soldats à l’arrière. Le témoignage est très complet puisqu’il n’est pas uniquement centré sur la vie des soldats au front. En effet, le récit alterne plusieurs points de vue: la vie au front avec les soldats Joseph et Olivier et l’arrière avec les personnages de Julia et de Madeleine ainsi que d’autres villageois. Le témoignage est d’autant plus authentique que Giono a lui même vécu la guerre, ayant participé aux batailles tristement célèbres car très meurtrières, Verdun, la Somme ou encore  le chemin des dames. On retrouve ainsi son expérience personnelle de la guerre et le traumatisme qu’elle lui a laissé à travers le parcours et l’évolution des personnages d’Olivier et de Joseph. 

Analyse du titre:

Le titre du roman « Le Grand Troupeau » peut se comprendre de deux manières différentes. Il fait tout d’abord référence au grand troupeau de moutons qui descend des alpages et traverse le village dans le premier chapitre. En effet les jeunes bergers sont mobilisés au front et ne peuvent plus surveiller les bêtes d’où leur retour au village.

Dans un second temps, le titre est une métaphore qui renvoi au grand troupeau des hommes partant à la boucherie de la guerre. D’autant plus que le passage du troupeau de mouton est déjà annonciateur du sort que vont subir les hommes soit des morts, des blessures, de la fatigue, de l’incompréhension, des veuves et des orphelins.

Témoignage des horreurs de la guerre: 

Le récit retranscrit de manière particulièrement complète et violente les multiples conséquences de l’horreur de la guerre sur les hommes:

  1. Au front:
  • La mort, avec le personnage de Regotaz.
  • La folie, avec les hallucinations d’Olivier et les monologues du capitaine.
  • La désertion, avec un des soldats du régiment d’Olivier.
  • Le deuil, avec la mort d’un des jeunes soldats du village au début du roman et le deuil d’Olivier qui souffre de l’absence de Regotaz.
  • La mutilation volontaire, d’Olivier pour être démobilisé et rejoindre Madeleine.
  • L’amputation du bras droit de Joseph suite à une explosion d’obus.
  • La solitude, avec  un soldat qui souffre de ne plus recevoir lettres de ses proches.
  • Le délaissement des corps  des soldats morts dans le No man’s land, leur cadavre dévorés par les vers, corbeaux et rats.
  • La peur constante des soldats de mourir au front.
  • Le manque du pays, de la maison de la nature avec les personnages de Regotaz et Olivier qui souffrent de l’absence de la tranquillité de leur campagne du sud.

     2.  A l’arrière:

  • Le deuil avec un couple de villageois qui perdent leur fils au front.
  • La peur constante de recevoir une lettre annonçant la mort ou la disparition.
  • La désorganisation de la vie de famille avec le trouble des femmes qui tentent de combler la place vide du mari à table et dans le lit.
  • Le travail des hommes aux champs ou dans les usines qui doit à présent être fait par les femmes.
  • La douleur de l’absence avec Julia qui souffre mentalement et physiquement de l’absence de son mari et qui va combler ce manque en ayant une relation avec un déserteur « Toine » et avec Madeleine qui souffre de l’absence d’Olivier.

Des personnages touchants et variés:

Nous suivons tout au long du récit la vie de deux familles sous la grande guerre:

  • Celle de la ferme Chauranne avec Joseph, sa femme Olivia, sa jeune sœur Madeleine et son père.
  • Celle de la ferme des Gardettes avec Olivier, sa mère Delphine et son grand-père le papé.

Joseph: Il est le mari de Julia, le frère de Madeleine et l’ami d’Olivier. Il est mobilisé dés le début de la guerre en août 1914. Jeune et robuste, il symbolise la force et la vitalité de la jeunesse. Au front, il fait preuve de courage, de persévérance et également d’humanité lorsqu’il accompagne dans la mort un de ses camarades en lui racontant des histoires du village. Il se fera amputé du bras droit suite à une explosion d’obus et se fera démobiliser peu de temps après. A son retour du front, il parait néanmoins changé, paraissant froid et distant. Il se montrera même cruel et violentera sa jeune sœur Madeleine lorsqu’il apprendra qu’elle a eu une liaison avec Olivier et qu’elle attends son enfant. Les liens familiaux en seront brisés plusieurs mois mais la fin du livre qui voit la naissance du second enfant de Madeleine et d’Olivier marque la réconciliation entre les deux familles.

Olivier: Il est le fils de Delphine et le petit fils du papé, l’ami de Joseph et l’amant de Madeleine. Contrairement à Jospeh qui est plus âgé que lui, Olivier n’est mobilisé au que quelques mois après le début de la guerre en 1915. La découverte du front le plongera immédiatement dans la terreur et la barbarie des combats. Apeuré, il perdra tout ses repères et demeurera dans la peur constante de se faire tuer. Il liera des liens d’amitié étroits avec un autres soldat Regotaz, qui mourra sous ses yeux dans des conditions atroces. Sa mort le traumatisera tellement qu’il souffrira ensuite d’hallucinations. Lorsqu’il reçoit une lettre de Julia sa belle sœur qui lui annonce que Madeleine attend un enfant de lui et que Joseph la violente, il prendra la décision de se mutiler deux doigts de la main droite pour se faire démobiliser. Il rentrera au village et épousera Madeleine avec qui il aura un deuxième enfant.

Julia : Âgée d’environ 18 ans, elle est la femme de Joseph et la belle sœur de Madeleine, qu’elle considère comme une amie. Elle est décrite plusieurs fois comme une jeune femme robuste et sensuelle avec des formes généreuses et une épaisse chevelure brune. Forte de caractère, elle reprendra les travaux de la ferme, dans les champs et auprès des bêtes après le départ de son mari au front et tentera comme elle peut de veiller sur Madeleine. Elle soufre énormément de l’absence de son mari autant physiquement que mentalement. Malgré son amour et sa fidélité envers Joseph, elle finira par avoir une liaison avec un déserteur « Toine » qu’elle délaissera ensuite au retour de son mari. Elle se montrera également bienveillante et attentionnée lorsqu’elle apprendra la grossesse de Madeleine. Devant la peur de l’enfant d’être mère-fille, elle tentera de la faire avorter en vain et c’est elle qui préviendra Olivier de la grossesse de Madeleine et des mauvais traitements que Joseph lui inflige en lui envoyant une lettre au front.  Enfin, c’est elle qui viendra assister Madeleine dans l’accouchement de son deuxième enfant.

Madeleine: Âgée de moins de 18 ans, elle est la jeune sœur de Joseph, la belle sœur de Julia et l’amante d’Olivier qui deviendra son mari. Comme Julia, elle est présentée comme une belle jeune femme aux cheveux châtains clairs et aux yeux clairs et profonds. Elle est plus fragile et plus sensible que Julia  bien qu’elle travaille également à la ferme. Elle se rendra compte qu’elle attend un enfant d’Olivier alors que celui-ci est soldat au front. Elle sera confronté au peur d’être mère-fille et aux réprimandes de sa famille. Après avoir tenté d’avorter en vain, son frère tentera de lui faire perdre l’enfant en lui donnant des coups de pied dans le ventre. Elle donnera naissance à une fille vivante mais paralysée des jambes et coupera les ponts avec sa famille pour aller vivre avec Olivier. Ce n’est que pour la naissance de son second enfant que Joseph et elle se réconcilieront lorsque celui-ci autorise Julia à aller lui porter de l’aide pour accoucher. Elle mettra au monde un fils rigoureux et en bonne santé  qui apportera une fin paisible et heureuse au roman.

Regotaz: Il est un soldat du même régiment qu’Olivier et devient rapidement son ami. Comme lui, il est un homme de la terre qui prend soin de la nature qui l’entoure. Il est dévasté par les destructions de la nature opérée par la guerre, horrifié de voir la terre transformée en tranchée et les champs en lieux de combats. Il mourra suite à une explosion d’obus qui lui emportera le visage, dans la boue, avec une motte de terre et un petit brin d’herbe dans la main. On retrouve Regotaz dans une hallucination d’Olivier, dans laquelle il se couche contre lui et lui fait cadeau d’une pomme de pin, en souvenir de la campagne qu’ils aiment temps tout les deux et rappelant le contact charnel et intense des hommes du sud avec la nature.

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